20/10/2010 N 37°31’1110, W1°03’ 7660 – Cartagena – Puerto Banus
Nous laissons Cartagena derrière nous et poursuivons vers Marbella où nous reverrons Alayat et tout son équipage.
C’est amusant de voir quel bonheur nous avons de retrouver des têtes connues, si peu connues somme toute mais qui rassurent tout autant que le font les emails…
Avant notre arrivée à Cartagena, nous avions passé le méridien de Greenwich.
Nous l’avons pris comme un point de repère au voyage. C’est la première fois que nous le passons en bateau. Pour le moment, il me semble qu’il n’est qu’une ligne abstraite tel le symbole du sens de notre voyage.
Un premier signe apparaît: nous entendons un avis météo en français avec un accent arabe. Je suis tentée d’aller sur les côtes algériennes. Il n’y a que 80 milles nautiques qui nous séparent après tout.. mais les saisons nous pressent, nous devons traverser l’Atlantique avant fin décembre.
Cartagena est une ville, qui tout au long de son histoire, s’est remise de ses cendres… économiques. Cette fois, il semble bien qu’il n’y ai plus que la mise en valeur de ses vielles pierres et de ses poussières qui la fassent survivre. Même l’architecture contemporaine qui valorise ce patrimoine est déjà figée dans le passé. Ce n’est pas ici que nous trouverons un exemple de ville future où les 3 facteurs ( Hommes, autosuffisance, et rôle social ) vont avoir un écho.
Ceci-dit, cette étape de 4 jours m’a permis de matérialiser un vieux rêve : celui de faire un tour du monde avec nos enfants pour leur montrer les traces des civilisations qui nous ont construites. Le théâtre romain, le musée archéologique sous-marin est une excellente base. Il y a de l’intérêt dans l’air. J’ai un malin plaisir à leur expliquer les choses même si j’ai toujours un goût amer dans la bouche quand ils me demandent pourquoi cette civilisation a disparue… Il n’y a qu’un pas pour faire le lien avec la nôtre et nous ne manquons pas d’arguments ! Une première constatation par rapport au sens du voyage : il y a urgence de montrer les choses…
Je savoure le « Dictionnaire amoureux des explorateurs » de Michel Le Bris paru chez Plon. Et je retrouve une phrase écrite par Nicolas Bouvier dans « L’Usage du Monde » : On croit faire un voyage, mais c’est bientôt le voyage qui vous fait, ou vous défait ! » J’ai hâte qu’il me défasse et me refasse très rapidement …
Le soleil vient de se lever, tous dorment profondément.. Mes dernières pensées de la nuit commencent à se dissiper avec la brume…
Il faudra attendre une autre traversée pour, peut-être, trouver un sens au film que j’aimerais faire …
21/10 – 28/10 Puerto Banus
Arrivée en fin d’après-midi. Les amis d’Alayat s’impatientent, Aristide et Ambroise aussi. Ils nous invitent à partager un délicieux Tataki de thon à bord de leur magnifique bateau.
Les jours suivants se passeront entre l’école, les retours incessants entre Amaris et Alayat, la plage, la pêche et les parties de cerf-volant.
Puerto Banus est comme un zoo mais il n’y a pas d’animaux, seulement des Ferrari, des Porches et des Lamborghini. Monsieur tout le monde vient se faire photographier à côté de ces bolides puis se faire truander dans les boutiques de mode du port. On n’a pas tout compris mais c’était amusant à observer.
28/10 Puerto Banus – Gibraltar
Nos amis d’Alayat étant partis quelques jours en Hollande, nous n’avons plus de raison de rester à Puerto Banus. La météo ne permettant pas de faire la traversée jusqu’à Madère, nous décidons de faire une étape (mythique) à Gibraltar. C’est l’anniversaire d’Aristide, la traversée est très calme et les dauphins nous accompagnent pendant une bonne partie du trajet. Nous aurons même droit à des poissons volants en arrivant dans le détroit. Les cargos au mouillage sont tous plus grands les uns que les autres mais l’AIS nous permet de faire le tri sans stress entre ceux dont nous devons nous méfier et les inoffensifs.
28/10 – 1/11 Gibraltar
Nous voici donc au pied d’une des colonnes d’Hercule, la fin du monde connu pendant des siècles. Escale très british qui nous rend un peu nostalgique des années passées aux USA. Nostalgie vite effacée lorsque l’on comprend que tant que l’on sera ici, nos choix gastronomiques seront limités aux célèbres « Fish and Chips ».
La dépression arrive comme prévu le 31 octobre, 25 nœuds de vent on a connu pire et Amaris est solidement amarré à Queensway Marina au porte de la vielle ville Victorienne.
Une journée typique sur Amaris
Au port ou au mouillage
- levé vers 8.30 – 9.00
- Petit déjeuner en famille – quel plaisir de prendre le temps de discuter ensemble de tout et de rien comparé à la course effrénée du matin que nous vivions avant.
- Le reste de la matinée est consacrée à l’école. Ca va plus ou moins vite selon la bonne volonté des enfants. Mais en général ça prend deux heures (ils sont plutôt de bonne volonté J)
- La fin de matinée – début d’après-midi est consacrée à l’avitaillement et au bricolage (il y a évidemment toujours quelque chose à faire).
- Le reste de la journée est consacré à la découverte de l’endroit ou nous sommes, à la lecture ou autre (quête d’une connexion internet, analyse des fichiers météos…)
En navigation
- Les quarts : sur un bateau qui navigue, il est obligatoire de veiller 24/24.
o La journée : il n’y a pas de règles (sauf si l’un de nous va faire une sieste, il prévient l’autre J)
o La nuit : Olivier commence la nuit (en général de 20.00 à 23.00) puis on change toutes les trois heures.
- Si le mal de mer nous laisse tranquille, on s’occupe de l’école dans la journée – horaire au choix…
- La pêche – nous avons toujours une ligne à l’eau sur Amaris mais pour le moment on ne peut pas dire que ça nous prenne beaucoup de temps car nous n’avons encore rien pêché J
- Navigation – on vérifie le cap, on ajuste les voiles, on tient à jour le livre de bord, on scrute l’horizon…
- Chacun vaque à ses occupations favorites (légo pour les uns, lecture pour les autres) et en fin de journée un petit film pour les enfants.
Nous ne résistons pas à l’envie de partager avec vous un texte Edgar Morin que nous avons lu à bord. Il nous paraît refléter parfaitement ce que nous ressentons dans notre vie de tous les jours et ce que nous cherchons dans ce voyage, rencontrer ces agents de « métamorphose ».
Du 2 novembre au 6 novembre – Gibraltar – Porto Santo (Madère)
Ca y est aujourd’hui c’est le grand jour. Natacha est remise de son angine grâce aux précieux conseils de notre doc. préféré, Philippe Vandekerkhove. La médecine par distance c’est fort. Merci Doc. !
La météo est propice à notre première grande traversée (570 miles nautiques soit entre 3 et 4 jours). Les formalités de sortie effectuées, nous partons faire le plein de carburant près de l’aéroport de Gibraltar.
Le timing est bon car nous devons quitter le détroit trois heures après marée haute si nous voulons ne pas trop souffrir des courants contraires.
Première surprise, alors que les prévisions météos nous annonçaient peu ou quasi pas de vent d’ouest (c’est-à-dire contraire), nous nous retrouvons avec plus de vingt nœuds de face. Bref, nous n’avançons que très lentement mais la vue de plusieurs autres voiliers nous conforte dans nos choix et nous continuons le long des côtes espagnoles là ou le courant est moins fort. Tout se passe pour le mieux et nous progressons à 3 nœuds. C’est lent mais on avance.
Nous échangeons à la VHF avec d’autres voiliers français lorsque nous réalisons que l’un d’entre eux n’est autre que Kitty Cat, un autre Outremer 49 que nous avions rencontré à la Grande Motte début Juillet.
Vers 22.00, nous passons Gibraltar et sommes entrés dans l’Atlantique. Nous entamons avec Kitty Cat la traversée du rail des cargos (il faut savoir qu’à ce moment il y en avait une dizaine qui allait vers l’ouest et une dizaine vers l’est).
Une fois plus l’AIS s’est révélé être un gage de sécurité très efficace. Grâce à lui en effet, nous savons tout sur chaque cargo, vitesse, cap, nom… Bref le passage du rail n’a été qu’une formalité.
Gibraltar passé, il ne nous reste plus qu’à mettre le cap au 250° et foncer sur Madère. Sauf que…les pêcheurs Marocains, qui ont racheté les filets dérivants des Européens (puisque c’est maintenant interdit en Méditerranée) trouvent que la zone est excellente pour la pêche et l’ont littéralement miné de filets dérivants plus ou moins balisés.
Des feus jaunes, verts, rouges, blancs clignotants, nous avons l’impression d’être dans un sapin de Noël.
Kitty Cat est devant nous et nous nous mettons dans son sillage. Ca va durer une bonne partie de la nuit.
Des appels incessants sur le canal 16 « sailing boat, position 35° 50’ North, 6° 14’ West, I bet you I bet you please change direction you are going to mess my fishing net… ». Ca c’est lorsqu’ils parlent Anglais. L’alternative étant de voir un bateau de pêche foncer vers vous avec à son bord une dizaine de quidams qui vous hurlent des instructions en Berbère en vous éblouissant avec une lampe torche.
Mais bon nous progressons vers l‘Ouest avec Kitty Cat.
Vers minuit trente cependant un bateau de pêche fonce vers nous, aucun appel à la radio, aucune lampe torche, il nous coupe littéralement la route et file vers le sud, une minute plus tard notre moteur tribord s’étouffe, nous sommes pris dans leur filet.
Nous faisons le bilan de la situation, le filet est pris dans notre hélice tribord mais nous sommes « clairs » côté bâbord et le filet semble être derrière nous. On s’attache fermement et Olivier descend sur la plage arrière pour couper le filet pendant que Natacha le remonte à la surface avec la gaffe.
Les pêcheurs reviennent en criant cette fois tout ce qu’ils doivent connaître d’insultes en berbère car ils ont bien compris ce que nous sommes en train de faire. Nous réussissons facilement à couper le filet et reprenons notre chemin sur le moteur bâbord (autre avantage du catamaran, nous avons deux moteurs J).
Cela sera notre première action écologique, on aura réussi à perturber cette pêche qui ne laisse aucune chance aux poissons, petits, grands, dauphins…
Le reste de la nuit se passe relativement facilement.
Le lendemain matin, Olivier plonge sous le bateau pour essayer de libérer l’hélice. Malheureusement la mer est relativement grosse et il y a du courant. On abandonne l’idée, nous continuerons à la voile et sur le moteur bâbord en trainant derrière nous notre trésor de guerre, un bout de filet et quelques petites bouées.
Le vent nous pousse vers Madère. Comme nous sommes vent arrière, nous hissons notre spinnaker la journée et établissons la grand voile et le solent pour la nuit.
La traversée se passe très bien et même si les enfants s’ennuient un peu nous prenons notre rythme.
C’est vraiment fascinant de se sentir au milieu de l’océan et mis à part un peu de fatigue due au quart de la nuit, nous en profitons à 100%.
Tous les matins quelques dauphins viennent nous souhaiter une bonne journée en partageant un bout de chemin avec nous.
Le 6 novembre vers 10 heures du matin, le signal tant attendu est lancé par Olivier. « Terre, Terre », l’île de Porto Santo est en vue.
Nous y arrivons en fin d’après-midi accueillis, en français s’il vous plait, par le personnel de la marina.
Je me rends à la douane avec les enfants qui ont besoin de se dégourdir les jambes. Le douanier lui aussi parle Français. Je me rends vite compte que s’était une erreur.
- Le douanier « quelle est la couleur de votre bateau ? »
- Moi « blanc Monsieur »
- Les enfants en cœur « mais non Papa il est bleu et blanc »
- Le douanier « Vous avez des animaux »
- Moi « Non »
- Les enfants en cœur « mais si Papa un oiseau (nous avons eu en effet à plusieurs reprises la visite d’une bergeronnette), des dauphins et des mouches »
- Je tends alors le passeport belge d’Ambroise au douanier
- Ambroise « et ce n’est pas le bon, mon passeport il est bleu, je suis Américain moi pas belge… »
Mais le douanier est de bonne composition et il choisit d’en rire.
7 Novembre au… – Ile de Porto Santo
Après une bonne nuit de sommeil, Natacha se lance et descend sous le bateau pour libérer l’hélice. Elle y arrive sans trop de difficulté tant le travail a été bien préparé par Olivier. Bon ok ok ça n’est pas tout à fait vrai. Dans un acte de bravoure sans précédent et après s’être battue comme une lionne avec le filet Marocain de très bonne manufacture il faut le dire, Amaris est libéré de sa verrue. Bonne nouvelle, notre moteur n’est pas endommagé.
Nous pouvons donc maintenant nous lancer à la découverte de l’île.